CINE-DEBAT “La fille de Brest”

Le Scandale Sanitaire du MEDIATOR


 

  • Dissimulation de l’information par les Laboratoires Serviers :
  • Les laboratoires Serviers commercialisaient entre autres deux types de médicaments:

    • l’Isoméride  (PA: dexfenfluramine) AMM en 1980
    • le Médiator (PA : norfenfluramine) AMM en 1976

    Ces deux molécules font parties de la même famille que la fenfluramine, une molécule commercialisée depuis 1965 connue pour ses propriétés anorexigène. La fenfluramine a été retirée du marché en 1997 à causes de ses effets secondaires : valvulopathies et hypertension artérielle pulmonaire (HTAP).

    La duperie des laboratoires Serviers réside dans son dossier d’AMM. En effet dans celui-ci ils indiquent que le principe actif (PA) du mediator est le benfluorex. En réalité le benfluorex n’est en fait qu’une prodrogue dont le métabolite est la norfenfluramine ayant les mêmes effets que la fenfluramine. Il a été prouvé que les laboratoires Serviers avait la connaissance du mode d’action de ce métabolite toxique dès les années 1990 mais que l’information a été sciemment dissimulée.

    C’est ainsi que lors du retrait du marché de la fenfluramine et de l’isoméride en 1997 à cause de ces effets d’HTAP et de valvulopathies, le mediator est passé à travers les filets de sécurité de l’AFSSAPS et a continué à être commercialisé.

     

  • Mauvaise prescription du médicament par les médecins :
  • Dans son AMM, le médiator est indiqué dans le traitement du diabète de type II grâce à ses effets :

    • hypolipidémiant
    • hypocholestérolémiant
    • hypoglycémiant

    Cependant le mediator, de par son effet anorexigène non officiel, a été prescrit massivement hors AMM par les médecins comme produit coupe-faim pour les personnes désireuses de perdre du poids.

    Il est avéré que les délégués pharmaceutiques, qui démarchaient les professionnels de santé pour qu’ils prescrivent le mediator ont mis en avant le côté anorexigène.

    C’est à ce niveau qu’intervient la notion d’indépendance de la formation des médecins, de leurs prescriptions et par extension de l’exercice de leur profession.

    En temps que futur professionnel de santé, il est important de garder en tête que nous sommes au service de la santé des patients. En aucune manière des avantages, financiers ou autres, proposés par les délégués pharmaceutiques pour nous inciter à vendre leurs molécules ne doivent compromettre ou orienter notre jugement. Il en va de notre responsabilité professionnelle.

     

  • Le combat du Docteur Irène Frachon :
  • En 2007 Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest établit une corrélation entre certains de ses malades atteint de HTAP et leur consommation de Mediator. Elle mène alors une étude épidémiologique concluante sur 11 cas et la transmet à l’AFSSAPS. Elle s’est battue contre le lobby des laboratoires Serviers auprès des médecins. Seule contre tous elle a permis de révéler au grand jour ce scandale sanitaire.

    En 2009, une étude de la CNAM portant sur un million de diabétiques confirme le lien. Le 30 novembre de la même année l’AFSSAPS retire le Mediator du marché.

     

  • La mise en examen des Laboratoire Serviers et de l’AFSSAPS:
  • En novembre 2010, l’Afssaps reconnaît que le médicament serait responsable d’au moins 500 morts. Le Mediator devient un scandale de santé publique.

    En mai 2012 l’AFSSAPS, vivement critiquée sur l’affaire médiator, devient l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM). En plus de renforcer et d’assurer la surveillance et l’évaluation des produits de santé, l’ANSM aura pour rôle garantir la sécurité des patients lors de l’utilisation des médicaments et des produits de santé. L’agence s’engage également à rendre publique les liens d’intérêt entre ses agents et les laboratoires pharmaceutiques.

    Depuis novembre 2010 des milliers de plaintes de patients sont déposées contre les Laboratoires Serviers qui nient en bloc les accusations.

    Dans un rapport rendu public le 15 janvier 2011, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) attribue au laboratoire Servier une « responsabilité première et directe », selon les mots du ministre de la santé de l’époque, Xavier Bertrand.

    Les faits devenant accablant, le groupe Servier a légalement mais sournoisement introduit dans sa proposition d’apporter 20 millions d’euros d’indemnisation, une clause impliquant l’abandon de toutes poursuites.

    En septembre 2011 Jacques Servier est mis en examen pour “tromperie sur les qualités substantielles avec mise en danger de l’homme” et “escroquerie”.

    En mars 2013, l’ANSM est mise en examen pour « homicides et blessures involontaires« , soupçonnée d’avoir négligé les alertes sur la dangerosité du médicament de 1995 à 2009.

     

  • Le temps du bilan et le film “La fille de Brest” :
  • On estime à 5 millions le nombre de patients ayant consommé du Mediator et 1300 à 1800 le nombre de décès incombés à ce médicament.

    Malgré la création en août 2011 d’un fond public d’indemnisation par l’office national d’indemnisation des accidents médicamenteux (ONIAM) peu de victimes ont été prises en charge. Les indemnisations sont souvent inadaptées face aux préjudices occasionnés.

    En novembre 2016 sort dans les salle le film “La fille de Brest” d’Emmanuelle Bercot qui retrace le combat d’Irène Frachon contre le lobbying des Laboratoires et pour l’indemnisation des patients.